La leçon de management de Diego Simeone

L’année 2021 restera comme l’année du changement pour l’Atlético Madrid et son coach Diego Simeone. Depuis 2014/2015, malgré des podiums réguliers et des demi-finale ou finale en Champions League, le système de jeu commençait à dater et devenait prévisible. Seul le physique et le talent des joueurs arrivaient à maintenir le résultat. Après un lent déclin, l’heure était au renouvellement.

Le titre 2020/2021 du club madrilène est le fruit d’un changement profond de doctrine.  Après avoir vécu une campagne de transition et de reconstruction la saison précédente, Simeone a décidé d’entreprendre sa transformation. Conservateur dans sa façon d’aborder tactiquement un match. Misant sur une grosse défense et une attaque en contre essentiellement, il y avait déjà des tendances, mais les doutes, les résultats peu concluants ont fini par chasser le changement pour revenir à des fondamentaux qui ont toujours fonctionné. Désormais l’équipe attaque et défend différemment.

Une équipe madrilène qui n’est plus conçue comme attendant l’adversaire et abandonnant le contrôle du ballon. Désormais elle presse en milieu de terrain ses rivaux afin de récupérer le ballon et implique tout le monde dans le processus. Construisant ses buts. Un jeu qui a surpris tout le monde en championnat et qui est similaire à l’évolution de Liverpool avec Klopp ces trois dernières saisons.

Un état d’esprit de changement qui s’est aussi construit en coulisse.

« Il y a quatre ou cinq dates de la fin du championnat, j’ai rencontré les kinés et les personnes qui sont dans les vestiaires pour leur dire qu’à partir de là au lieu de saluer les joueurs par un « bonjour » ils le feraient avec un « nous allons être champions », a avoué le technicien albicéleste.

Après avoir construit entre 2011 et 2014 son projet, Simeone pensait avec les résultats en championnat et en ligue des champions être dans son âge d’or, alors qu’il avait débuter son lent déclin. Une situation choc pour le technicien argentin qui a provoqué une remise en question profonde de ses valeurs et une adaptation au football moderne afin de retrouver les sommets et y rester plus longtemps.

Les dangers de l’histoire écrite par les vainqueurs

L’histoire est écrite par les vainqueurs. L’histoire de l’humanité nous le dicte. Pour imposer ses idées, il faut ruiner les croyances de l’autre.

J’apprends aux apprentis la différence entre une opinion, un avis et une croyance. La croyance est ce qui nous défini en tant que personne. Cette croyance est le fruit de nos expériences, nos douleurs et reflète l’aspect sombre de notre personnalité. C’est un choix en réponse à un événement du passé pour nous diriger vers le futur. Mais que ce passe t’il lorsqu’à chaque victoire nous essayons d’effacer le passée, pour construire à chaque fois un nouveau présent ? La perte du savoir.

La destruction de la bibliothèque d’Alexandrie en 270 après JC, par les Romains est l’épisode le plus connu de l’histoire de l’humanité (un total de 500.000 ouvrages du monde ancien brûlé pour imposer une nouvelle religion). Tout comme la destruction par les conquistadors de l’héritage Maya pour imposer la religion catholique.

Les Perses ont brûlé des temples et des papyrus Egyptiens en -527 avant JC, puis de nombreux ouvrages en Grèce en – 490. Alexandre le Grand a détruit en -330 avant JC plus de 12.000 volumes des magies, une secte très instruite en Perses. En -146, les Romains détruisent 500.000 parchemins phénicien à Cartage, puis en -52, Jules César ordonne la destruction de tout les livres du Collège des Druides. En Chine l’Empereur Kim Chi Yuan, l’héritier d’un des 7 royaumes de Chine continental, soumet les 6 autres et impose en -214 la destruction de tout les livres (dont ceux de Confucius).

Ces épisodes de l’histoire de l’humanité nous font comprendre que nous ne sommes pas plus brillants que nos ancêtres. Nous avons juste rompu le lien de transmission, pour imposer des croyances nouvelles à travers le temps. Chaque élection, chaque changement de direction dans une entreprise, chaque changement de coach dans une équipe amateur ou professionnelle est, à son échelle, une reproduction de l’histoire. On efface, on relance, on oublie.

Puis une crise arrive et les innovations sont le plus souvent des réinterprétations ou une redécouverte de ce qui avait été fait auparavant.

Le risque point limite zéro

Nous évoluons vers une attitude ou la notion du risque est une composante centrale. Depuis toujours, nous avons cette notion de principe de précaution, mais cette dernière c’est progressivement transformé au fait de limiter le risque dans ce que nous faisons et décidons.

Cette notion du risque zéro, s’est accéléré dans nos pensées, projets, attitudes, ralentissant le temps et nous installant sur un temps long de patience admissible. De la création d’un espoir irréaliste. Même nos idées actuelles sont teintés par l’opportunisme et non de l’innovation. Notre idéologie est marquée par cela. En opposition à la pression que représente le risque, et l’avantage concurrentiel qu’il peut représenter. Nous sommes entrés dans une zone de risque zéro.

Ce risque zéro est un masque. Nous avons depuis longtemps investis du temps sur les aspects les plus rentables de nos disciplines. Sans investir dans ce que nous paraissait comme obscure ou sans intérêt. Ces fameuses exceptions qui deviennent des règles aujourd’hui.

Des sous-disciplines ou projets non noble qui aujourd’hui nous permettent de respirer et trouver des solutions, sans vraiment prendre de risque. Mais le retard est là. Trop marqué. Nous ne parlons pas ici de 1 an, mais de 6 ou 7 ans de retard. Une éternité.

Le sport face à la tentation de la fiction

Prendre le temps et sa voiture pour aller faire une activité encadrée n’est plus une habitude. Le sport ne peut plus ignorer la menace à laquelle il est confronté par d’autres formes de divertissement, à une époque où le choix limité et la découverte accidentelle ont cédé la place à une lutte acharnée pour l’attention.

Les sondages s’enchainent, les français souhaitent reprendre le sport, toutefois, la rivalité entre les disciplines collectives (Football, Rugby, Handball, Basket et Volley) à l’arrivée des beaux jours est une posture utile, mais finalement assez futile. Nous allons dépenser de l’argent et beaucoup d’énergie pour espérer conquérir de nouveaux licenciés. La pandémie touchant le sport français a fait chuter de 30% le nombre de licenciés et chaque grande discipline collective et individuelle utilise ce moment pour se restructurer afin d’être plus efficace à l’avenir.

Malheureusement cette rivalité focalise les sports les uns par rapport aux autres, comme un miroir comparatif. Mais le seul rival auquel nous avons affaire est la fiction. Nous sommes absorbés par la fiction, replié sur nous, consommant des fictions à volonté devant nos écrans, des fictions informatives sur les réseaux sociaux et des fictions politiques et nos fictions du quotidien avec un emploi du temps débutant à 6h et se terminant à 18h depuis plusieurs semaines. Dès que nous avons peur, nous nous replions sur nous même pour nous refugier dans un foyer qui s’est transformer en un univers qui nous rassure et qui nous occupe pour un coût relativement faible.

Une série Netflix sur une joueuse d’échec a fait exploser l’achat et les renseignements des jeux d’échec. Voilà le rival principal des sports. C’est contre qui chacun est en compétition. L’engagement est devenu différent, la fiction a pris le dessus. Les sports amateurs ne s’adressent plus à une communauté, mais désormais doivent s’adresser à une audience, ou devenir de véritable marque.

Le problème de la prédiction

photo par Stephanie Vaxelaire

Nous sommes dans une séquence accélérée. Nos méthodes prédictives ne sont plus pertinentes. Les innovations marginales deviennent des normes aujourd’hui et nous regardons le passé pour prédire l’avenir. Sauf, que nous sommes dans un présent continu.

Chaque année, je commence en Février à réfléchir sur les prédictions économiques de l’écosystème Formule 1 pour le Business Book GP. Sur la vingtaine de prédictions écrites en 11 ans la méthode était la même : utiliser le principe de l’exception pour en faire une règle future. L’accélération de l’année 2020 m’oblige de faire évoluer la modélisation des prédictions. En me basant sur notre présent continu.

Ce présent continu présente plusieurs difficultés pour prédire, voir anticiper l’après. Les crises du passée offrent des données précieuses, mais incomplètes. Pendant un siècle, l’histoire était la même : c’était la capacité d’investissements qui ralentissait l’économie et notre niveau de vie. L’ensemble est estimable et toujours orienté. Mais dans notre situation actuelle un virus empêche l’économie de fonctionner. Cela a créé un comportement de résilience qu’il faut prendre en compte. Malheureusement cette notion rend chacun responsable des erreurs, des défaillances ou des crises qu’elles subissent. Ainsi prédire l’après prend en compte ces nouvelles équations. Nous sommes dans un ensemble instable, cherchant ses repères et reproduisant la même journée, sans perspective de demain. Il faut résoudre le présent.

« Et s’il n’y avait pas de demain ? il n’y en pas eu aujourd’hui » cite le personnage de Bill Murray dans le film Un jour sans fin…Si nous étions toujours dans le présent ?