La vie est une histoire…Non ?

Après avoir écouté mon interlocuteur, suite à une conversation récente avec un dirigeant, j’ai lancé la phrase suivante: « En crise, comme aujourd’hui, l’objectif est d’augmenter l’affectif de vos partenaires afin de les garder le plus longtemps possibles. » L’impression d’enfoncer une porte ouverte ? Oui naturellement, mais le raisonnement était ailleurs.

Une année auparavant, un dirigeant me lance avec le plus sérieux du monde : « Marc, nous sommes en crise économique tu sais… » La réalité a frappée enfin la personne qui était en face de moi. Lui qui entretenait depuis plusieurs années un monde qui n’existait pas, se retrouvait confronté à ses propres limites psychologiques. Il avait été vaincu par la réalité. Une autre réalité. A ce moment précis j’ai définitivement compris qu’il m’avait fait venir pour entretenir le schéma qu’il avait mis en place  et pas pour en construire un nouveau.

Vous avez tous entendu parler du Storytelling. Cela existe depuis une douzaine d’année et nous sommes « les clients » tous les jours de cette tendance. Cela consiste à adapter un message positif destinée à rendre meilleur l’apparence de ces cibles. L’objectif est de vous raconter une histoire autour d’un fait ou d’une marque. La tendance s’applique à la fois dans le marketing, et dans le management. L’intrigue et la manipulation sont au centre du processus. C’est brut à lire, mais c’est la vérité. De la même manière qu’en politique les Spin Doctors ont été remplacé par des Story Spinners, le Storytelling laisse place progressivement à une nouvelle évolution. Plus virtuelle encore. Irréelle même.

Le storyspinning consiste à fabriquer une réalité (une histoire) pour rendre l’apparence meilleure à ses cibles.

Aujourd’hui les vieux modèles sont remplacés par de nouveaux qui sont ensuite remplacés et le cycle devient de plus en plus rapide. Nous n’avons plus le temps de nous adapter au changement. Cette suite ne rend pas le nouveaux modèle meilleur que l’ancien, il en donne simplement l’illusion par sa rapidité et sa résignation. De même, le principe de transparence rend le monde plus opaque à cause du désir d’en savoir plus tous les jours. Sauf que ce désir est parasité par un voile virtuelle qui agit sur nos émotions et l’influence que nous subissons chaque jour. C’est une bataille sans fin. Il n’y a plus de vérité, juste une logique ou chacun organise ses actions en fonction de SA vérité, basée sur sa logique et ses convictions. Elle-même influencée par la réalité qui nous convient.

Certains ont anticipé le fait que l’après storytelling était une société du rêve, dominée par les histoires. En réalité nous sommes en plein storyspinning. Un niveau intermédiaire qui risque de durée un long cycle.

Soyons clair notre culture est désormais fondée sur l’affirmation plutôt que la vérité. Le débat est guidé par l’opinion et non sur les faits. Mediapart et Wikileaks sont de beaux projets utopistes dans les faits, si l’on regarde cyniquement la situation. J’ai lu dans le dernier numéro de Vanity Fair que Mediapart était le relais des femmes mariées flouées. C’est Closer/Voici/Youpala à la sauce sérieuse, mais le fond est le même. Souvenons nous que  le pseudonyme « Gorge Profonde », qui a permis le scandale du Watergate (1972) et lancer définitivement cette nouvelle forme de journalisme d’étique, était un surnom tiré d’un film pornographique de la même époque. Ceci ne fait pas très sérieux avec un peu de recul. Mais à l’époque on pensait que le fond avait plus d’importance que la forme. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’impression d’être un dinosaure en écrivant cela, mais il faut aussi vivre avec son temps. D’ailleurs, Mediapart lance des révélations mais cela reste de l’information brute le plus souvent et l’histoire est difficile à raconter et synthétiser pour les autres médias, pressés par le temps. Le contexte n’est plus une donnée, seul le présent compte et le buzz fait le reste. Toutes ces histoires sont de mauvais scénarios finalement. Des séries Z oubliées aussi vite qu’on les a consommées au pays de Nanarland. En bref nous sommes présentés comme une société plus informée et intelligente, sauf que c’est bien différent dans les faits. Nous sommes dans un brouillard et nous suivons les lignes sur la route à vitesse modérée. Tout en espérant qu’une biche ne vienne pas perturber notre concentration en s’installant au milieu de la route qui est humide et glissante.

Nous sommes samedi et je me demande si tout ceci à un sens. Pourtant je fais partie de ce mouvement, mais la vie n’est pas un jeu vidéo, ou une émission, ou un film. (Finalement les seuls repères que nous avons). Ces influences culturelles et la peur guident les décisions que nous prenons tous les jours. Ce n’est pas vraiment une notion positive. Gérer ses émotions c’est continuer d’être dans un rêve éveillé. C’est plaisant, mais irréelle. Un seul sentiment prédomine : la tristesse.

Le but dans la vie c’est d’avoir une belle histoire non ? Pour être moins triste…

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