Leçon de management par José Mourinho

L’éviction de José Mourinho, coach de Manchester United, juste avant le Boxing Day, montre l’état profond d’un symbole qui peine à se renouveler.

La carrière du Spécial One est une carrière en deux temps. Une première phase, dans l’aspiration de sa première ligue des champions avec le FC Porto et la seconde après le Real Madrid. Dans un premier temps, l’homme a été l’incarnation de la révolution. Nouvelle méthode d’entrainement, d’échauffement, de management et la culture de la gagne et de la confiance en soi à tout les niveaux. L’homme, sur de lui, arrivait en costume au bord du terrain et l’ensemble devenait soudainement obsolète

Puis l’homme est devenu le personnage de la relance. Mourinho n’est pas devenue la caricature de ce qu’il était. Il répondait à une logique court terme du résultat. La culture de la gagne à l’image de notre société d’aujourd’hui : Tout et tout de suite.  Champion d’Italie avec l’Inter Milan en 2010, Champion d’Espagne avec le Real Madrid en 2012, champion d’Angleterre avec Chelsea en 2015. Particularité : à chaque seconde saison, le titre est remporté.

Sauf que la culture de la gagne est un ressort qui peut être usé sur 18 mois environ, mais pas sur le long terme. Tout le monde fait des efforts (ou crois en faire), mais la pression est toujours là. Donné par l’entraineur. Au point qu’il se met une pression lui-même plus forte et qu’il la transmet à ses joueurs. La déshumanisation absolue imposée dans le silence et l’aversion auprès de l’entraineur. La période n’est plus dans l’échange, mais dans la contrainte. Et le ressort casse.

Notons qu’après le passage du portugais, Chelsea a remporté son unique ligue des champions et le Real Madrid a enchainé les titres dans la compétition européenne. Avec d’autres personnalités d’entraineurs plus empathiques.  Le Spécial One met en place, instille une culture, obtient les résultats à court terme, mais n’est plus l’homme pour faire durer. L’homme de l’après.  Il s’est enfermé dans cette image de l’entraineur payé hors de prix, mais qui n’aura une durée de vie que de deux saisons.

Leçon de management : Sortir du chemin critique

Depuis que j’ai développé ma petite carrière de dirigeant de club, j’ai côtoyé nombreux entraîneurs et directions de club. L’occasion de divulguer quelques leçons que j’ai apprise sur le terrain depuis 7 ans.

La période de Juin est souvent associée à celle du changement pour une équipe. Un nouvel entraîneur vient prendre ses nouvelles responsabilités et découvrir son nouveau collectif. Mais très souvent il se passe le même acte de la pièce de théâtre : la partie ou, subtilement ou non, il a tendance à critiquer son prédécesseur. Le fameux « cela va changer », qui alors qu’il s’annonce comme une perspective d’évolution, est en réalité une critique non constructive. En fait, cette critique lui permet de vanter son propre potentiel et ainsi promettre un monde meilleur à sa nouvelle équipe et même à ses nouveaux dirigeants. Derrière cela, cette attitude sert son égo en se présentant comme le sauveur d’une situation, qui naturellement, ne pouvait pas être satisfaisante avant son arrivée à la tête de l’équipe, vu que le coach précédent est parti.

Tout étant toujours dans les détails en matière de communication, la manière dont un nouvel entraîneur traite son prédécesseur en dit davantage sur le premier que sur le second. Mais attention, s’il fait preuve de classe, il révèle qu’il est intègre et prendra des décisions en fonction de critères non pas émotionnels, mais objectifs.
Plus important, il montre qu’il ne se nourrit pas de l’échec (virtuel ou réel) des autres mais de sa propre réussite et qu’il à la volonté de montrer ses qualités par ses actes et non par des OFF de coulisse ou dans l’autocongratulation mal placé.

Ce que j’ai remarqué sur une poignée d’entraîneur est que leur message sur l’esprit d’équipe qu’ils entendent cultiver est un double message :

• Ceux qui critiquent pour vanter leurs propres mérites relèvent d’une manœuvre classique et il faut y être insensible. Le meilleur moyen de servir l’intérêt d’un collectif sportif est d’améliorer ses performances et non être médisant en détruisant psychologiquement l’autre.
• Un détail très important est que si un entraîneur critique son prédécesseur, c’est aussi le travail décisionnaire de son club qu’il remet indirectement en cause. Et oui un club et son organisation est solidaire dans les bons comme dans les mauvais moments. On gagne ensemble et on perd aussi ensemble.

Les bons entraîneurs sont capables d’injecter leur ADN dans l’équipe. Non pas en faisant table rase, mais ayant à l’esprit que cela peut améliorer l’efficacité du collectif. Chacun dispose de son passée et la démarche est de construire sur l’expérience et non pas en détruisant celle des autres. L’erreur de la plupart des entraîneurs moyens est qu’ils ont tendance à oublier qu’une équipe est une évolution continue par détail et non pas un chantier nouveau auquel il faut refaire les fondations à chaque fois qu’un changement s’opère. Surtout si les résultats ont été visible la saison précédente.

Enfin, la posture est l’aspect le plus important pour un nouvel entraîneur découvrant son équipe : Son comportement dans les premières minutes et de son intégration est toujours décisif. A la fois lors de sa présentation, que lors de son premier entrainement. Vous avez le droit d’être stressé (surtout si vous débutez à ce poste par exemple), mais si vous avez préparé votre discours et votre séance et que vous ne donnez pas l’impression de vous imposer d’une manière ou d’une autre. Vous avez gagné la première partie.
La seconde sera d’obtenir les résultats.

Innovation vs manque de résultats

Dans le sport amateur, la place à l’innovation est très faible. Pour ne pas dire ridicule. Elle est surtout ponctuelle. Présente sur le terrain, voir dans la communication, mais la sécurité prédomine dans le sport amateur, par manque de formation et surtout par manque d’un management d’expérience. Reste une constante : si les résultats sportifs ne sont pas à la hauteur, voir décevant, l’innovation n’est pas bien perçue. Il est ainsi très difficile dans ses conditions de faire des initiatives novatrices qui soient acceptés.

En effet lorsque la performance n’est pas visible, l’innovation est directement blâmé comme étant une (voir la) cause de l’échec. Le discours de la peur l’emporte, estimant que les énergies doivent être dépensées ailleurs. L’intimidation intellectuelle fait entrer les initiatives dans un cercle de raison.

Le diagnostique dans ses conditions est le plus important, tout comme le dialogue. L’innovation est un atout, un éclairage et une pensée d’ouverture qui s’enrichie par elle-même. C’est aussi un investissement sur le long terme qui sera bénéfique sur le temps long. L’erreur est d’être dans un temps court, redéployant ses énergies sur des secteurs structurels. Alors qu’il suffit de laisser l’innovation s’impliquer dans tous les secteurs de la structure pour la renforcer.

Trump et sa communication

L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis relève du malaise ou d’une prise de conscience. L’homme a joué un rôle médiatique qui lui va à la perfection et sa communication troublante ouvre une ère nouvelle et simple.

Obama avait été le premier à utiliser les médias et les réseaux sociaux comme vecteur de mobilisation et d’unification. Illustrant à la perfection son slogan « Yes we can. » Trump et son équipe de communication ont parfaitement utilisés les médias et les réseaux sociaux, comme des outils. Déshumanisant l’histoire d’Obama pour en sortir un aspect sombre, mais efficace.

Estimant que les médias traditionnels sont à la solde des institutions, Trump n’a pas cherché à transmettre un message, mais générer une émotion. D’ailleurs, durant la première partie de sa campagne pour les primaires républicaine, les chaînes de télévisions et journaux ont largement exposé le candidat Trump, excluant toute alternative dans son camp et sans analyses, sans filtres. Puis lorsque qu’il a été élu à la Primaire, les médias ont lâché (hormis Fox News) et ironisé sur le candidat. Enfin, dans la dernière ligne droite, Trump a été lynché, selon la traditionnelle formule mise en place : exposé, lâché, lynché.

Concernant la stratégie Facebook et Twitter elle est aussi révélatrice d’une savante analyse. Nous quittons ici le monde « bisounours » d’Obama pour la réalité. Twitter est devenu la première plate-forme du harcellement ? Trump a passé son temps à humilier, écraser et moquer ses adversaires (médias, Hillary Clinton, people, des démocrates lambda etc…). Cette stratégie a fait de lui un personnage perçu comme sachant s’imposer et imposer ses convictions.

Ses messages Twitter sont aussi une savante analyse génératrice d’émotion. Ses tweets politique étaient construit en trois temps :

  1. L’appel à la logique (Logos)
  2. La crédibilité (Ethos)
  3. Lémotion (pathos)

Pauvre Aristote, son modèle de persuasion en 140 signes doit lui faire mal.

Idem concernant Facebook. Le réseau est devenu la première plate-forme de désinformation de la planète (si si désolé) et l’étude réalisée par le site BuzzFeed a montré que 6 pages partisanes ont joué un rôle moteur dans l’information politique de la campagne 2016 sur Facebook. Trois pages conservatrices ont communiqué 38% de contenus mensonger (et 3 pages démocrates pour 19% de mensonges). Pire, l’information se propage très rapidement, comme par exemple la nouvelle affirmant que le Pape François soutenait officiellement la candidature de Donald Trump (partagé 1 millions de fois). Le mensonge a répétition induit l’illusion de vérité (selon Lynn Hasher), il est impossible pour les médias traditionnels de corriger les messages. Donc Trump a joué avec cela durant la majorité de sa campagne.

L’élection de Trump illustre assez bien une situation du paysage médiatique : Les médias traditionnels ne font qu’illustrer, commenter et moraliser (faute de moyen humain et intellectuelle) et cette pratique se retrouve dans le comportement dans les réseaux sociaux : les internautes  ne s’éduquent pas, ne tentent pas de se convaincre (comme à l’époque d’Obama), mais s’invectivent et se donnent des leçons de morale. Un effet miroir avec le comportement des journalistes.

L’enseignement principal de l’élection 2016 aux Etats-Unis et que nous avons probablement quittés une ère pour une autre. Obama a été le dernier président à raconter une histoire pour mobiliser les gens autour de sa candidature. Une page se tourne…